Historique de la Pharmacie

Naissance de L’Eau des Carmes (Eau de Mélisse)

Durant la « Guerre de cent ans », des Chartreux, chassés de l’abbaye de Vauclaire, en Périgord, par des bandes de soldats au service du Roi de France, choisissent de se mettre sous la protection de l’Angleterre et se réfugièrent à Bordeaux.
Le 5 septembre 1383, un notaire, Pierre Maderan, leur donne des chais et un jardin qu’il possède dans la « la Palu », marais du nord de la ville, lequel terrain est délimité par les actuels cours Xavier Arnozan, rue Notre Dame et rue Latour. C’est cette résidence de fortune, où ils bâtissent une chapelle, qui donnera son nom au fameux quartier des Chartrons.
Ayant hâte de retourner dans leur pays, seuls quelques pères seront encore présents au cours du XVème siècle.
En 1606, le Cardinal de Sourdis rouvre la chapelle que les chartreux de Vauclaire avaient bâtie en bordure de Garonne.
Vingt ans après, en 1626, elle est administrée par des carmes Déchaussés qui y adjoignent un couvent. Celui-ci prend le nom de couvent des petits carmes.
Ce sont des ingénieurs hollandais qui au XVIIème siècle assèchent les marais de Bordeaux au moyen des polders.
Les Chartrons prennent alors l’allure d’un quartier hollandais. Terre d’accueil, ils voient affluer des colonies d’étrangers et notamment des Allemands Protestants chassés par les Catholiques, des Irlandais Catholiques chassés par des Protestants Orangistes, etc…
De ce fait, la chapelle des Petits Carmes devient « chapelle des étrangers ».
En 1667, les Carmes obtiennent, de Monseigneur de Béthune, l’autorisation d’ouvrir aux Chartrons, dans l’actuelle rue Notre-Dame, un hospice appelé Notre-Dame du Salut auquel ils adjoignent une grande chapelle sous le vocable de Notre-Dame de la Visitation, qui donnera son nom à la rue.
La même année, le couvent des Petits Carmes construit au bord du fleuve est supprimé et transporté rue Notre-Dame au moment où commerce la construction du Château-Trompette.
Au début du XVIIIème siècle, alors que Bordeaux est devenu le premier port du monde, les Chartrons sont, en 1715, le faubourg le plus grand et le plus commerçant d’Europe.
Les négociants ouvrent des rues partout et se préoccupent de les paver et de les assainir. Ils sont à l’origine de l’appellation du « Pavé des Chartrons ».
En 1726, les Carmes construisent à la place de la chapelle de la Visitation une grande église qui sera achevée en mars 1735. C’est à cette époque qu’un moine du couvent, le père Canteloup, y établit une Pharmacie qui passe pour une des meilleures de la ville. Il cultive dans le jardin du couvent, actuelle place du marché, des plantes médicinales qui lui servent à la préparation de produits pharmaceutiques.
La plus renommée est l’eau de Mélisse dont il en est l’inventeur et qui est encore connue de nos jours sous le nom « d’eau des Carmes ».
Il en débitait une si grande quantité qu’on disait alors dans les Chartrons, que le père Canteloup distillait plus d’Eau des Carmes que tous ses confrères ensemble ne buvaient de vin..
Sous le directoire, le 29 mai 1796, la municipalité du Nord de Bordeaux (1er arrondissement) s’établit au couvent des Petits Carmes. Plus tard, celui-ci est supprimé et sa chapelle est convertie en église paroissiale et passe sous le vocable de Saint-Louis.
En 1800, à l’emplacement du jardin de l’ancien couvent des Petits Carmes, à l’endroit même où le père Canteloup cultivait sa mélisse, s’installe la Place du Marché des Chartrons, lequel ouvrira ses portes en 1801.
De 1875 à 1879, d’Abadie construit l’actuelle église Saint-Louis des Chartrons.
La pharmacie avait presque un siècle. Elle en a deux aujourd’hui. Nous en sommes les modestes mainteneurs.